lundi 6 juillet 2026
L’avenir du numérique va être très humain
Deux ans après le lancement de La Poste Santé & Autonomie, Dominique Pon, son directeur général, revient sur les convictions fondatrices du projet et sur ce qui a avancé depuis : la structuration d’une offre data complète, le positionnement sur l’IA souveraine, et la place qu’occupent les services humains dans une organisation hospitalière numérique en constante évolution.
Cela fait deux ans que La Poste Santé & Autonomie a été lancée avec l'ambition de faire émerger un acteur souverain de référence du numérique de santé en France. Où en êtes-vous aujourd'hui dans cette trajectoire, et qu'est-ce qui a changé depuis le lancement ?
Lorsque cette feuille de route a été lancée il y a deux ans, La Poste Santé & Autonomie est partie de trois convictions fondatrices. La première était qu'il existait une place pour un acteur à capital public et d'intérêt général dans le numérique en santé : un groupe comme La Poste, pas forcément attendu sur ce terrain, mais porteur d'une vision de long terme. La deuxième conviction était que la souveraineté numérique allait devenir de plus en plus prégnante, dans la ligne droite de l'ADN du groupe La Poste. La troisième, qu'il fallait se positionner sur l'ensemble de la chaîne de valeur de la donnée de santé : de la collecte à l'analyse, avec des sociétés comme Docaposte, Numspot, Docaposte et Heva, en passant par le stockage souverain et le traitement par IA générative.
Deux ans plus tard, le bilan affiche une croissance organique de 4 à 8 % selon les activités. La Poste Santé & Autonomie est allée plus loin encore dans sa vision en proposant aux hôpitaux un modèle concret d'architecture data-centrée. C'est tout le sens de l'Alliance SIH, annoncée l'année dernière à SantExpo, qui réunit CPage et les Hospices Civils de Lyon avec HOPSIS des concurrents a priori, mais qui convergent vers la même architecture. Après la publication d'un livre blanc commun en 2025, cette année verra l'annonce des premiers résultats concrets de cette alliance, l'un des sujets clés mis en avant à SantExpo.
Vous accélérez sur la donnée sur plusieurs fronts complémentaires : l'Alliance SIH, une offre d'entrepôt de données élargie à des établissements plus petits, et le lancement d'un nouveau PACS pour l'imagerie médicale. Qu'est-ce qui fait la singularité et la cohérence de cette stratégie data, et en quoi représente-t-elle un levier pour l'innovation en santé dans les territoires ?
La donnée constitue le socle de conviction de La Poste Santé & Autonomie depuis l'origine du projet. Dans le secteur de la santé, la data se décline en deux versants : les données primaires, c'est-à-dire les données nominatives utiles au parcours de soins, et les données secondaires, c'est-à-dire des données anonymisées destinées à la recherche et à l'innovation. L'originalité du projet réside dans le fait d'être un acteur positionné sur les deux versants à la fois : être simultanément éditeur de dossiers patients informatisés et fournisseur de services technologiques autour des entrepôts de données de santé. Très peu d'acteurs occupent aujourd'hui cette double position.
Plusieurs appels à projets et appels d'offres ont déjà été remportés, notamment avec l'AP-HM et le CHRU de Nancy. Une architecture de « bulles » sécurisées est en cours de développement pour permettre de travailler sur les données secondaires. Cette année marque également le lancement d'une offre d'entrepôts de données de santé packagés, destinée aux établissements de taille moyenne.
Cette même logique a conduit le groupe à se positionner sur l'imagerie médicale, avec le développement d'un nouveau PACS : parmi les données essentielles du parcours de soins figurent en effet l'imagerie et la biologie, deux gisements de données clés pour l'innovation hospitalière. La Poste Santé & Autonomie se positionne en challenger, avec humilité, mais avec des solutions agiles intégrant nativement l'intelligence artificielle à tous les niveaux, dans une vision la plus complète possible autour de la donnée de santé.
Vous construisez un écosystème autour de l'IA, avec DALVIA comme plateforme fédératrice. Les modèles les plus performants sont aujourd'hui majoritairement extra-européens. Quelle est votre vision d'une IA de confiance en santé éthique, transparente, explicable et comment LPSA peut-il réellement peser pour amener les établissements vers cette IA responsable ?
Le positionnement souverain de La Poste Santé & Autonomie ne relève pas de l'opportunisme, mais d'une conviction et d'un véritable engagement, motivés par l'idée que cette souveraineté est essentielle pour la santé française, pour le pays, et pour l'Europe dans son ensemble. Le développement rapide de l'intelligence artificielle fait émerger de nombreuses solutions alternatives pour des cas d'usage précis en santé, permettant de puiser dans des solutions souveraines, au minimum à l'échelle européenne.
Le groupe ne déroge pas à un principe de base : proposer des solutions de santé conformes à l'AI Act européen, à la réglementation européenne et à cette vision de souveraineté numérique. Des alternatives existent aujourd'hui pour concurrencer les solutions outre-Atlantique, non sur tous les cas d'usage, mais sur un nombre significatif de cas d'usage dédiés à la santé.
Les établissements de santé adhèrent à ce principe et à ce système de valeurs, mais c'est avec eux que se découvre et se déploie progressivement tout le potentiel de l'intelligence artificielle, dont l'évolution est si rapide que les solutions proposées aujourd'hui seront déjà différentes demain.
L'ambition est de déployer de l'IA dans l'ensemble des produits distribués par le groupe, qu'elle soit développée en interne ou par d'autres sociétés partenaires, toujours dans un cadre de confiance ouvert. Avec la plateforme d'intégration DALVIA, les établissements peuvent intégrer rapidement les dernières solutions d'intelligence artificielle dans leur système d'information, en s'affranchissant de toute complexité technique.
La singularité de La Poste Santé & Autonomie, c'est aussi d'associer le numérique et l'humain, avec Careside côté plateforme de parcours et Asten Santé côté domicile. En quoi cette approche globale fait-elle votre différence sur le marché, et que change-t-elle concrètement pour les établissements et les patients ?
La conviction de La Poste Santé & Autonomie est que, dans le secteur de la santé, plus le numérique et l'intelligence artificielle se développent, plus le besoin d'accompagnement humain augmente pour soutenir ces transformations. Il s'agit d'une conviction fondamentale : la santé reste un secteur de service où des soignants prennent soin d'autres êtres humains, l'humain faisant partie intégrante de l'ADN du secteur. Proposer des solutions numériques destinées à aider les patients ne suffit donc pas : il faut également proposer un accompagnement humain à la hauteur.
Concrètement, la croissance des services humains du groupe se situe entre 8 et 10 % depuis deux ans, une progression supérieure à celle des services numériques, validant ainsi l'intuition de départ. Plus le numérique progresse, plus le besoin de services humains augmente, ces services se recentrant sur la relation entre patients et soignants. Il est en effet plus porteur de sens de consacrer du temps à un patient pour échanger sur ses difficultés, dans une relation empathique, que de mobiliser du temps humain devant une console à interpréter des images médicales alors que les soignants manquent aujourd'hui de disponibilité pour ce type de relation.
Bien utilisée, l'intelligence artificielle permet justement de recentrer les soignants sur la relation d'humain à humain, transformant en profondeur le rapport des médecins au savoir : l'essentiel n'étant plus d'être derrière des écrans ou des ouvrages, mais dans l'accompagnement direct du patient.
La Poste Santé & Autonomie, c'est aussi Weliom pour accompagner la transformation IA des établissements, et Phénix® Care issue du projet CKISA dans les Hauts-de-France pour la cyber-résilience. Face à ces bouleversements, quelle est votre vision du numérique dans les établissements de santé pour les prochaines années, et quels sont, selon vous, les outils qui vont vraiment transformer le quotidien des soignants et des patients ?
Un bouleversement massif et rapide s'annonce dans la façon même de concevoir les systèmes d'information hospitaliers, l'arrivée de l'intelligence artificielle remettant tout en question. La fragmentation extrême des systèmes d'information actuels (on peut parler de 500 à 1 000 logiciels différents au sein d'un seul établissement de santé) va nécessairement se transformer. Dès lors que l'IA permet de développer très rapidement de nouveaux cas d'usage et que l'accès à la donnée s'améliore, les établissements seront contraints de transformer rapidement leurs systèmes d'information hospitaliers pour rendre la donnée simplement accessible, et leur permettre de développer presque eux-mêmes leurs propres cas d'usage.
Cette évolution va transformer en profondeur l'architecture des systèmes d'information, la relation entre un hôpital et ses fournisseurs de logiciels, et bouleverser les métiers des deux côtés. La technologie va également accélérer l'ouverture de l'hôpital vers la ville, en intégrant davantage les établissements de santé dans un écosystème plus large sous réserve que les bonnes décisions soient prises, tant dans les hôpitaux que chez les industriels du secteur. Cette transformation apparaît aujourd'hui inéluctable.