Table ronde Alliance SIH

Recherche clinique : replacer la France au cœur de la souveraineté scientifique

Comment la France peut-elle reconquérir sa place dans la recherche médicale mondiale ?

C’est la question qui a ouvert la keynote d’Anne-Laure Dreno, présidente d’AstraZeneca France, lors d’Horizon Santé 360.
À travers un diagnostic lucide et sans détour, la dirigeante a rappelé à la fois les atouts considérables du modèle français et les freins persistants qui entravent son attractivité.

La  recherche clinique, pilier de souveraineté

« La recherche clinique participe directement à la souveraineté nationale, parce qu’elle nourrit l’excellence scientifique française », a posé Anne-Laure Dreno.

En permettant aux médecins d’être investigateurs principaux, d’échanger leurs résultats dans les congrès internationaux et de faire évoluer les pratiques, elle contribue à maintenir la médecine française à la pointe.

Mais cette recherche, rappelle-t-elle, est aussi un levier d’investissement et d’accès aux soins : « Les essais cliniques, c’est la première forme d’accès à l’innovation pour les patients. »

Chaque année, son laboratoire investit 40 millions d’euros dans la recherche clinique en France, un effort qui profite aussi à la recherche académique.

Et pour l’heure, la France reste bien placée : troisième en Europe pour le nombre d’essais cliniques, grâce à l’excellence de ses médecins, à la qualité de ses centres et à une forte capacité de planification.

Le verre à moitié vide : un décrochage préoccupant

Pourtant, la dirigeante alerte : « Il y a dix ans, la France était première en Europe. Nous avons perdu du terrain, et l’Europe elle-même recule. » En une décennie, la part mondiale des essais cliniques européens est passée de 30 % à 19 %, pendant que la Chine bondissait de 2 % à 15 %.

Les raisons sont multiples, à commencer par les délais administratifs.

« Nous sommes même deuxièmes dans l’oncologie et souvent premiers dans certaines maladies rares », souligne-t-elle.

« Le temps moyen d’approbation d’un essai clinique est de 117 jours en France, contre 62 en Allemagne. »

Et une fois approuvé, le premier patient n’est recruté qu’après 184 jours, soit près d’un mois de plus que chez nos voisins espagnols.

« Dans un environnement mondialisé et hyperconcurrentiel, ce retard pèse lourd. »

Autre frein majeur : la complexité réglementaire liée à l’usage des données de santé.

« Les cadres de la CNIL et de la MR-001, indispensables pour protéger la donnée, freinent pourtant les nouveaux modèles d’essais, notamment avec des bras synthétiques. »

Décentraliser pour élargir la recherche

Anne-Laure Dreno a plaidé aussi pour décentraliser les essais cliniques, aujourd’hui très centrés sur les CHU.

« Sur les maladies chroniques, la France est loin derrière. Si nous voulons redevenir un leader européen, nous devons impliquer la médecine de ville et le médecin généraliste. »

Cela suppose d’utiliser pleinement les outils numériques, la télémédecine et la donnée de vie réelle pour identifier plus rapidement les patients et les inclure dans les protocoles.

Enfin, la présidente d’AstraZeneca a rappelé un point déterminant : l’accès au marché. « Il faut aujourd’hui 525 jours en moyenne pour qu’un médicament soit disponible en France après son autorisation européenne, contre 100 en Allemagne. »

Ce décalage modifie le “standard of care” et empêche parfois de lancer certains essais cliniques.

« Nous avions cessé toute recherche cardiovasculaire pendant six ans, faute d’accès à une classe thérapeutique. »

Mais elle a voulu rester optimiste : « Les causes du décrochage sont identifiées, donc réversibles. La France peut redevenir un leader si elle se dote d’un collectif et d’une volonté commune. »

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